Deep in vogue

Imaginons. Nous sommes le week-end du 1er mai 2010, ne fêtons pas le travail mais admirons celui des créateurs du 25ème Festival International des Arts des la Mode de Hyères. Nous naviguons d’une chambre à l’autre de la Villa Noailles et traversons des mondes minuscules, cabinets de curiosités, mini laboratoires : les lauréats habitent littéralement les pièces. Nous squattons nonchalamment la pelouse perchée sur le toit de la ville, déambulons au fil des expositions photographiques, nous perdons dans les couloirs labyrinthiques de Mallet Stevens. 

Nous célébrons l’esthétisme et le farniente en attendant l’heure du défilé, quand enfin, nous l’apercevons. La pomme est un peu ridée, forcément, la houppette rousse façon « Eraserhead » presque un souvenir, mais la prestance intacte : god save the king ! Malcolm Mc Laren est venu trôner dans le jury cette année. On applaudit l’initiative du FIAMH. On salue sa majesté de King’s Road, manager-pygmalion du boys band énervé Sex Pistols. On vénère son Altesse du Bronx, producteur-caméléon au début du hip hop. Bref, on s’emballe, on parle fort tandis que nos voisins festivaliers nous avouent ne pas voir le rapport … avec la mode.


Voilà, nous avions oublié que la planète fashion, même sa peuplade la plus pointue, compte des gens jeunes pas forcément au courant de la vie de leurs ancêtres. Alors nous leur confions que, oui, le monsieur, là, n’est pas qu’un vieux punk, mais un bel exemple des liens indéfectibles entre musique et mode. Nous évoquons alors les Beaux-Arts dans les années 60, son couple avec Vivienne Westwood, leur boutique « Sex » qui dictait la garde-robe de l’underground londonien de 70 à 80. Nous racontons que le T-shirt lacéré et l’épingle à nourrice de Sid Vicious n’est pas le hasard d’une beuverie mais un style étudié par Malcolm Mc Laren qui gérait l’attitude de son groupe tout autant que ses tournées. Nous parlons de son amitié avec JC de Castelbajac qui l’invite à Paris dans les années 80, de ses séjours à New York où il s’investit dans la culture street dance, produisant le son et le style là encore. On avoue même que c’est Madonna qui l’a copié en sortant le titre disco-dance « Vogue » un an après le « Deep in Vogue » de Malcolm en 1989 : un hommage aux postures des mannequins.

Nos voisins ne nous écoutent plus. Nous haussons les épaules et regardons Sir Mc Laren s’éloigner vers le chapiteau des défilés, flegmatique, presque anonyme. Nous nous demandons pour lequel de ces jeunes stylistes il va voter, posant encore une virgule sur une nouvelle décennie.

« Buffalo Gals » – Malcolm Mc Laren & The World Famous Supreme Team (1982) :


~ par Val Marquet a.k.a Alcaline sur 31 mars 2010.

3 Réponses to “Deep in vogue”

  1. classieux,
    merci pour l’info, bravo pour le texte

  2. On a beau poursuivre le chemin,mais…on appartient tous a une époque!
    Moi c’etait ça!!!
    Nice choice+++

    F2L

  3. http://www.radiochantier.com/archives/malcolm-mclaren-buffalo-gals/

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