Voyage au centre de la tête

Je roule sur une route assez large, entre voie rapide et avenue déserte, qui longe des bâtiments disséminés ; il me vient en tête, pour des motifs que j’ignore, que j’ai absolument besoin d’une coupe de cheveux. Je laisse la voiture en plan sur le bas côté.

En parcourant l’avenue à pied, je m’arrête devant l’allée qui mène à une sorte d’institut ; on avait dû m’en parler auparavant comme un lieu tout à fait adéquat. L’institut est situé dans un hôtel particulier, sa cour d’entrée et sa façade ombragées par le jour finissant ; il y a comme un indescriptible silence. La porte haute et massive est ouverte ; j’entre. Le grand hall est désert. Est-ce par discrétion envers la clientèle ou bien chacun est-il occupé à sa tâche dans les étages ?

J’emprunte un long couloir au fond duquel une salle semble éclairée. Une voix m’invite à y pénétrer. Une personne assise derrière un large bureau me tend un grand fascicule luxueux, catalogue des prestations de l’établissement. Je parcours le livret en tournant lentement les grands feuillets épais et glacés comme du bristol ; l’écriture calligraphiée rappelle la facture des menus des grand restaurants un peu surannés. J’ai du mal à saisir la logique de l’agencement des services et des tarifs se déployant de 10 à 2000 euros ; cela me donne le vertige et je ne parviens à me concentrer, si bien que ma lecture est furtive : massage par un membre de tel tribu avec je ne sait quel limon ou argile venu de tel endroit de la planète. Devant ma confusion, l’homme qui doit être le directeur de cet institut m’invite : « Vous souhaitez réfléchir un peu, vous poser ? Nous allons vous installer dans une chambre. »

La chambre est située en étage. Les murs, les rideaux, le lit métallique, sont blancs. Sur la table de chevet, une tête d’oiseau empaillée, un bec court et noir et surtout, un plumage d’une couleur irréelle, orange vif, un orange étincelant comme un véhicule de chantier neuf. Le temps passe et rien n’arrive. Je tourne en rond dans la pièce, j’explore la salle d’eau, tente de regarder par la fenêtre. Me vient un sentiment désagréable, la sensation que la tête de l’oiseau suit tous mes déplacements de ses deux billes noires brillantes et froides. L’atmosphère devient oppressante ; je file voir le directeur.

J’emprunte l’ascenseur de service ; ses parois sont translucides et me permettent de voir défiler les grandes salles des étages semblables à des espaces nus de béton lisse, et là, je comprends : l’angle de chaque pièce est parcouru de haut en bas par une sorte de tuyauterie orange semblable au plumage de l’oiseau; ses longues pattes traversent en réalité les étages, habite et sous-tend l’immeuble et pour rien au monde, je ne souhaite que mon regard croise l’extrémité de ses pattes qui doivent se terminer par ce que j’imagine être d’immenses serres.

Bouleversé, je me précipite sur le directeur qui, face mon effroi mêlé de colère : « Cher Monsieur, vous n’auriez pas du emprunter l’ascenseur de service, c’est interdit; or, comme vous l’avez utilisé, maintenant vous savez, vous l’avez vu. Admettez que vous l’avez vu ? Mon Maître. Sachez que dorénavant, si vous intentez quelque action à mon encontre, c’est vous qui aurez la charge de diriger cet institut. »

Un rêve de Pierre P., survenu dans la nuit du 23 au 24 juillet 2010 et dont voici une bande-son possible : Land Of The Lost – DEATH CUBE K (Buckethead & Bill Laswell) / « Dreamatorium » / 1994

Ce voyage onirique introduit une nouvelle catégorie de Dzzing : la bien nommée ESCAPE en cette parenthèse aoûtienne. Quelques courts extraits de voyages, escapades, transports. Echappées immobiles, réelles ou fictives, volées ou vécues, vues, lues, entendues.

~ par Val Marquet a.k.a Alcaline sur 2 août 2010.

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