Class 84

A ceux qui n’ont jamais ressenti autre chose que l’ennui, en lisant « Les Choses » de Georges Pérec : décampez. Pour ceux qui pensent que « La Reproduction » d’Arnaud Fleurent-Didier n’est que l’index d’un vieux Quid mis en musique : fuyez.

Bienvenue aux autres, installés dans la FRANCE 80, tout premier roman de Gaëlle BANTEGNIE : la France de Claire, 13 ans, à l’étroit dans son embonpoint adolescent et le pavillon du lotissement nantais. Celle de Patrick 27 ans, vendeur au porte-à-porte de décodeurs pour une nouvelle chaîne cryptée. C’est l’histoire de leur quotidien, en parallèle, de 1984 à 1989. Il ne se passe rien, ou presque. Comme dans la vie normale, en province, dans un milieu entre-deux, ni riche, ni pauvre, ni élitiste, ni vraiment inculte. Comme dans la France modeste mais pas si malheureuse, du baby boom.

Comment se fait-il que le roman soit si captivant, accrocheur, intriguant ? Est-ce parce qu’on y a reconnu un voisin, une petite cousine, son ami d’enfance, soi-même ? C’est certain. Est-ce parce que Gaëlle BANTEGNIE fait mieux que raconter, décrire, dépeindre ? Sans aucun doute. Dégraissée, élaguée de toute fioriture et de zèle, son écriture se fait radicale. Son style photographie. Les gens, les objets. Et vous voilà dans la cuisine à l’odeur âcre de Ricoré, en train de régler le transistor Radiola, de transpirer sur le canapé Saint Maclou en skaï, après avoir garé votre dernière Renault 9. Vous êtes Patrick. Nous sommes Claire. Et Gaëlle réussit à remplir un album de nos enfances possibles.

On sait donc que Gaëlle BANTEGNIE vient de Nantes et des années 70, qu’aujourd’hui, elle écrit, entre des cours de philosophie. On sait moins qu’elle chante, en tandem : ça s’appelle LA MAMAN ET LA PUTAIN. La meilleure définition du groupe provient de leur facebook : » Ils sont deux. Ils ne boivent pas, ne fument pas, n’ont pas de conversation. Ils décident de former un groupe en 2006. Elle chante dans un micro et bouge un peu des pieds. Il joue de la guitare, appuie sur des boutons ». Toujours aussi minimale cette Gaëlle.

« Shakin’ Hands » – LA MAMAN ET LA PUTAIN (extrait de l’album sorti en mars 2010 / Lafolie Records)

~ par Val Marquet a.k.a Alcaline sur 9 septembre 2010.

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