Le point G

C’est un 31 mars, il y a sept ans à Rome, que s’efface une initiale capitale de l’illustration, de celles qui impriment à une époque (50’s – 80’s), une maison (Dior), une marque (Rouge Baiser) mais aussi le cinéma, le spectacle, la pub, une ligne immédiatement identifiable, même si d’aucuns ne connaissent son auteur.


René Gruau a été si prolifique qu’il faudrait un livre pour en parler. C’est déjà (bien) fait dans l’ouvrage éponyme de Sylvie Nyssen et Réjane Bargiel édité en 1999 au Cherche-Midi. Pour un hommage subjectif, on focalisera sur un pan de son oeuvre consacré au client et ami fidèle Christian Dior : remontons à la source d’Eau Sauvage.

Pour les jeunes mémoires qui ont en tête la campagne actuelle avec Delon époque « La Piscine », on précisera que la photo de Jean-Marie Périer date de 1966 et boucle l’histoire puisque c’est l’année de création du parfum. Si on déroule fil à reculons, on se souvient que la Maison Dior  avait déjà pas mal exploité la formule photo noir et blanc + star à yeux clairs et gros cachet : Zidane et Johnny jouant les mystérieux planqués derrière leur col roulé. Pour entrevoir un récent retour à l’illustration, on remonte dans les années 90 pour un détournement de XIII et de Corto Maltese dans la position de l’aventurier ténébreux. Mais là aussi, la maison de couture fait appel à des célébrités pour nous asperger de sent-bon. Sans doute à cause du tournant marketing du milieu des années 80 ? Pour que les campagnes racontent autre chose, laissent filtrer un air de liberté et osent sortir du cadre, il faut se concentrer entre 66 et 82 sur les affiches dessinées par Monsieur Gruau.

Quand il intègre la maison Dior en 1947, l’Italien aristocrate, dessinateur autodidacte, n’a pas encore roulé sa bille pour le Lido, Bunuel, Fellini, mais c’est ici que sa passion pour les estampes japonaises, les aplats de couleurs pures, la diagonale, les cadrages audacieux et les jeux de masques vont se révéler. L’homme de l’Eau Sauvage n’a nul besoin de saillir ses muscles ou d’être un modèle renommé pour véhiculer une image forte. Le côté « wild » du parfum réside bien plus dans le fait de suggérer, de dévoiler des gambettes mâles somme toute très fines ou à la pilosité assumée : un homme au bain tranquille, serein dans sa nudité, qui n’a rien à prouver.  Noir, Blanc, Rouge : les trois couleurs « primitives » chères à l’illustrateur claquent et suffisent à faire passer le message.

Et quand le point de vue est plus direct, que René Gruau semble oublier les caches ou la profondeur de champ avec un portrait plein fer, il ne cède pas non plus au banal : le garçon nous fait face mais ce n’est pas lui qui regarde. Les yeux gommés derrière une masse capillaire, il nous renvoie à notre position de voyeur. De la publicité effrontée. Sauvage pour de vrai.

 


~ par Val Marquet a.k.a Alcaline sur 31 mars 2011.

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