Inaperçu remarquable

Parce que les prix littéraires ne fleurissent pas qu’à l’automne. Parce que parfois, les récompenses dépassent les petits arrangements et les cercles établis. Parce qu’il existe des comités de sélection avec de la curiosité dedans. Parce qu’il y des jurys qui lisent (vraiment) les livres…

Il y a tant de raisons de distinguer Le Prix de L’Inaperçu que Dzzing est allé embêter les fondateurs de cette chouette distinction alternative. Entretien avec l’un de ses fondateurs, David VAUCLAIR, réalisé quelques heures précédant la 4ème remise du prix, jeudi 12 mai 2011.  


Le choix de John KENNEDY TOOLE, à travers le nom de son personnage de « La Conjuration des Imbéciles » pour le Prix de l’Inaperçu (Ignatus J. Reilly), s’est-il imposé d’évidence ou avez-vous hésité avec d’autres possibles ?

David VAUCLAIR : Il s’est imposé d’évidence. Conjurant régulièrement avec de nombreux imbéciles, le lien était facile.

Pensez-vous que vos « amis » de la communauté Facebook prennent ce bonhomme pour votre grand-père ou êtes-vous optimistes quant au niveau moyen des Français en culture générale ?

DV : Tous nos « amis » sont des êtres d’élite, courtois, érudits, aux manières exquises pour qui les valeurs familiales comptent. Nous sommes donc optimistes.

On a repéré que votre complice au sein du Comité, Stéphane ROSE, fait également partie du trio des « Gérard ». Comment expliquez-vous l’envie d’instaurer un prix alternatif très sérieux cette fois, pour inciter à découvrir les bons bouquins au lieu de distinguer le pire  ? Est-ce que ça signifie que vous ne plaisantez pas avec la littérature ?

DV : Il y a un décalage suffisant entre notre prix et les autres, du moins nous l’espérons, pour que notre besoin d’originalité soit rassasié. Et sourire n’empêche pas d’être sérieux. Et pour la littérature, la dernière fois que nous avons passé un moment en sa compagnie, nous avons bien ri.

Les lauréats repartent avec 1000 euros : ce n’est pas, j’imagine, ce qui les motive en priorité. Est-ce que les libraires vous suivent ensuite ? La presse ? En résumé, est-ce que les auteurs voient leurs ventes boostées par le prix ?

DV : Je ne pense pas que l’argent motive les auteurs en premier lieu, cela se saurait. Les libraires et la presse nous suivent chaque année un peu plus, ce qui est réjouissant, mais ce serait bien qu’ils nous suivent encore plus. A chacun de faire de son mieux,; j’espère qu’après cet entretien, vous irez parler à votre libraire et contacterez vos amis journalistes. Les étrangers, à notre connaissance, ont tendance à doubler ou tripler leur vente. C’est moins net pour les francophones, mais en règle générale, ils obtiennent plus facilement un à-valoir pour leur prochaine oeuvre, et une présence plus importante dans les médias.

Votre alternative au bandeau rouge (ou bleu marine) ?

DV : Une petite robe noire.

Personnellement, j’aime bien votre nom de Prix mais pensez-vous que la majeure partie des gens sont fiers d’acheter un bouquin passé « inaperçu » ? (je pense à ceux qui lisent ou offrent deux livres par an : le Goncourt ou Renaudot et un Guillaume Musso). A moins que ce positionnement élitiste -dans le bon sens du terme attention- soit délibéré ?

DV : Nos études marketing auprès d’un panel représentatif de ménagères de moins de cinquante ans, d’un libraire enthousiaste et de deux journalistes blasés, nous a permis de définir scientifiquement les réponses du lectorat du prix. Celui-ci est heureux qu’on lui propose de la nouveauté, de l’originalité, de l’inaperçu et ne perçoit pas cet adjectif comme une agression, une insulte ou un constat d’échec. Même si nous ne faisons pas l’unanimité, les retours depuis quatre ans sont positifs et l’intitulé du prix, dans l’ensemble, séduit.

Combien de livres a dévoré votre comité pour pouvoir choisir les 5 romans français et 5 étrangers ? Cette sélection finale se fait-elle dans la douleur ? la bagarre ? la débauche ? la joie et la bonne humeur ? le chantage ? la corruption ?… (liste non exhaustive)

DV : Cela dépend des années, mais entre 100 et 200. Il y a toujours un moment où le choix s’impose. Comme chaque année, la sélection d’un prix comme celui de l’Inaperçu est une sorte de crève-cœur tant certains choix se révèlent difficiles entre plusieurs ouvrages aux qualités réelles et qui se tiennent dans un mouchoir de poche dans le cœur de notre Comité. En général, c’est au moment où Benjamin FAU pose son Smith & Wesson Magnum 44 sur la table, où moi-même menace de tirer les nominations à pile ou face et où Nils AHL propose un grand tournoi de chi-fu-mi pour clore les débats, qu’on se rend compte qu’on est allé un peu trop loin dans l’implication personnelle et qu’on s’oblige aux concessions. Un certain nombre de romans restent donc, au désespoir de l’un ou de l’autre, ex-aequo sur la sixième marche du podium, mais ne dépareraient pas beaucoup dans une sélection idéale élargie.

Bravo pour la diversité des maisons d’édition dans vos 4 sélections depuis 2008 mais pas  trace de La Musardine, avec qui votre comparse et auteur Stéphane ROSE est personnellement lié : excès d’intégrité ? aucun ouvrage digne d’entrer dans la course ? interdiction au « cul » -même bien écrit- de concourir ?

DV : Nous sommes un prix de tous les excès. Et La Musardine envoie selon les années des livres au comité de sélection qui, pour le moment, ne les a pas retenus pour le round final. De l’inconvénient à travailler avec des pudibonds victoriens et centristes.

Pensez-vous que les auteurs que vous distinguez pâtissent du trop grand nombre de sorties au même moment (rentrée littéraire) ? Ou est-ce que tout simplement, il y a trop de romans en général et pas assez de lecteurs ?

DV : Une triple constatation s’impose : (1) les prix font parler de livres dont on parle déjà ; (2) les prix font vendre des livres qui se vendaient sans eux ; (3)les prix récompensent un nombre non négligeable d’ouvrages qui n’auront d’autre postérité que celle de figurer dans des listes à la fin des dictionnaires ou des anthologies (et encore, pas dans toutes). À la lumière de ce constat, il paraissait logique de créer un prix presque iconoclaste pour récompenser des livres : (1) dont on a (presque) oublié de parler ; (2) qui n’ont pas rencontré leur public ; et (3) qui ne dépareraient pas la bibliothèque de l’honnête homme, et pas seulement pour caler un pied ou par amour des bandeaux rouges. Quatre ans après la création du prix, nous ne toucherions même pas à une virgule du manifeste. Et, oui, le nombre de sorties est exponentiel et les libraires ne sont pas extensibles.  


Pourquoi le Café de l’Industrie pour la remise du prix ? La bière est moins chère qu’au Flore ?

DV : Parce que les prix littéraires ne sont pas que germanopratins et que nous sommes favorables à donner une chance à la faune bibliophile française à deux pas de la Bastille. Si cela n’était pas logistiquement très compliqué, nous étions même tentés de faire une cérémonie de remise tournante, une année à Paris, une à Bordeaux, Lyon, Marseille, Genève, Bruxelles, Montréal, Ouagadougou, Dakar, Saint Pierre et Miquelon … toute la francophonie. Si un milliardaire nous écoute et veut bien s’atteler à ce projet … écrivez à ce blog, qui fera suivre.

Vos ambitions, vos envies, vos rêves, même les plus fous, pour l’avenir de l’lnaperçu ?

DV : La gloire, l’argent, les femmes pour les membres masculins du prix, la paix dans le monde, une plus grande solidarité partagée par tous et pour tous pour les membres féminins, le comité d’organisation étant très sexué. Plus sérieusement, nous espérons que l’Inaperçu prendra toujours plus d’ampleur et proposera une alternative valable aux autres prix littéraires, une plateforme pour ceux qui, structurellement, n’auront pu être aperçus. Et que plus de lecteurs fassent vivre plus d’auteurs et que ceux-ci en échange aient une chance supplémentaire que leur oeuvre parvienne au public.

Allez, une classique: les trois bouquins que vous emmèneriez sur une île déserte ?

DV : Les deux lauréats de cette année et un manuel, »Comment construire seul son bateau, à partir de rien, et rejoindre le continent sans heurts ni tempêtes », ouvrage lui aussi passé bien trop inaperçu auprès des Robinson les plus divers.

Et pour finir, parce qu’il n’y a pas que les livres dans la vie : si vous deviez assortir un disque à votre sélection 2011 ?

DV :  L’album de la sélectionnée Claudine LEBEGUE qui accompagne son livre, « A Ma zone»,  sinon « Midnight in Paris » de Duke ELLINGTON : un de ses albums les plus inaperçus, qui fait aujourd’hui, grâce à Woody Allen, l’ouverture du festival de Cannes. Espérons le même destin à nos sélectionnés et nos lauréats.

⁄ ⁄ ⁄

Dzzing se joint à ces grandes espérances, vous enjoint à dévorer la sélection 2011 accompagnée de la bande-son conseillée et à rire un peu avec la « fake » sélection d’un comité dont le sérieux n’interdit pas l’humour.

Midnight in Paris – WINTON MARSALIS SEPTET (live at Village Vanguard 1999)

 


~ par Val Marquet a.k.a Alcaline sur 14 mai 2011.

Une Réponse to “Inaperçu remarquable”

  1. bravo

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