Heart and soul

•21 mars 2011 • Laisser un commentaire

Peter Hook & friends play Unknown Pleasures, 10 mars 2011, Paris. C’est typiquement le genre d’annonce qui ravive illico notre ferveur adolescente pour Factory Records et l’iconique Joy Division. Puis, passé  le quart d’heure d’emballement, la peur de la déception nous guette :  et si ça sentait le sapin ? et si ça ressemblait à une réunion de quadra au cuir fatigué,  et si, et si ? Non, l’engouement optimiste reprend le pas sur nos doutes timorés.

Photo © David Sultan

Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Concert à guichet fermé oblige, le marché noir fait flamber l’entrée. On se dit veinard de se retrouver au coude à col (de perfecto) parmi 700 fans dans un Trabendo dont les fresques signées Futura 2000 font oublier les notes bleues de l’ancien Hot Brass : depuis dix ans et surtout ce soir, l’affiche est électrique.

Photo © David Sultan

Rejouer Unknown Pleasures avec quelques copains musiciens (dont le fils de Peter Hook qui prend la basse de papa au même âge que ce dernier à la sortie de l’album), c’est une idée qui peut sembler scandaleuse à certains puristes étroits du cervelet, à lire certains posts sur le net ; pour nous, c’est une envie légitime et naturelle du complice de Ian Curtis, à ses côtés depuis la période Warsaw jusqu’à la fin de Joy Division, avant de continuer en fondant New Order. On est même tout sourire que ce concert-hommage donné à Manchester en mai 2010 se soit transformé en tournée.

Photo © David Sultan

Alors même si le pogo est moins évident avec des talons, une coupe de champagne et  quarante berges dans les tibias, la sensation est mieux qu’intacte : différents, puissants, séminaux, ces plaisirs inconnus le deviennent presque et Hooky d’éviter les écueils tant redoutés. Aucune ombre morbide ne plane dans la salle; le jeu se veut respectueux tout en révélant la personnalité de ces Peter’s friends. On dépasse vite la phase de comparaison (impossible de ne pas se remémorer la batterie martiale de Stephen Morris et le chant épileptique de Ian Curtis) pour laisser une sève nouvelle gagner du terrain et nourrir un live bien vivant. She’s lost control ? Oh oui bien sur. Et pas que. Quand Peter Hook, la basse toujours sur les genoux, les traits juste plus épais et l’organe à la générosité rocailleuse, entonne l’hymne Love will tear us apart, il invite presque Tom Waits sur la scène de l’Hacienda. Transmission réussie.

Photo © David Sultan

Une interview de Peter Hook & friends réalisée par Valérie Paillé pour « Tracks » et des extraits du live au Trabendo seront bientôt visibles sur Arte.

Enjoy these Pleasures…

Photo © Sikha Robleto

Le grand jeu

•4 mars 2011 • Laisser un commentaire

Dans le milieu du tennis, la WILD CARD est un passe-droit qui invite directement dans la cour des grands. Sur la scène musicale, c’est pareil : cette carte à jouer, désormais en vigueur à Marseille un vendredi par mois, place la scène rock au tableau des tournois de nuit qualifiés.

A l’initiative d’un trio hyper-actif en terme d’agitation sonore, à savoir R*A*F, Pierre et Relatif Yann, la salle électrique du club Le Trolleybus se réhabitue aux revers énergiques, sur scène comme aux platines. Entre le premier service envoyé par DATE WITH ELVIS le 25 février et la montée au filet de THE CHAP + Eva PEEL le 18 mars,  rencontre avec nos distributeurs de cartes.

Dzzing : L’idée d’instaurer un vrai rendez-vous rock, en club, à Marseille, c’est en réponse à une demande ou par envie de la créer ?

Pierre : Comme souvent, un peu des deux.

R*A*F : Pareil, mais surtout une grosse envie de se frotter au format live, même si, pour ma part, je n’ai jamais arrêté d’ organiser des concerts depuis 8 ans.

Relatif Yann : Juste l’envie de monter des soirées pour lesquelles nous partons de zéro, qui éveilleront  la curiosité et seront surtout un terrain de jeux avant et pendant. Un nouveau jouet pour adultes non responsables.

Dzzing : Le live en club demeure un exercice périlleux. Des aménagements prévus pour valoriser les concerts ?

Pierre : Je n’ai jamais ressenti le Trolleybus comme un club, ni une salle de concerts d’ailleurs. C’est pourtant un endroit dans lequel j’ai vu jouer des groupes dès la fin des années 80 et dans lequel j’ai aussi traversé la nuit sur des DJ sets percutants. Les salles voûtées imposent pour le live une petite scène proche du public. Si le groupe dépote, cette configuration garantit une ambiance explosive.

R*A*F : Je ne pense pas que ce soit un exercice périlleux, la salle rock du Trolley étant une salle de concert dans un club. Le challenge est surtout de remplir la salle avant minuit. Happy hour pendant le live, c’est déjà bien pour faire venir les gens tôt.

Relatif Yann : L’exercice n’est pas si compliqué si tu penses la programmation en fonction du lieu, pour le live comme les sets des DJ et sélecteurs avertis de la façon dont nous voyons les Wild Cards.

Dzzing : Justement, avez-vous un modèle du genre (live en club), toutes villes et époques confondues ?

Pierre : Les soirées Feet First au Camden Palace à Londres au début des années 90.

R*A*F : Les concerts de l’Hacienda, Manchester, évidemment.

Relatif Yann : En Angleterre et en Hollande, plutôt qu’en France où l’on sépare quasiment toujours live et dancefloor alors que tout ça est fait pour aller ensemble.

Dzzing : La soirée la plus sauvage que vous ayez vécue dans la salle rock du Trolley ?

Pierre : Si ma mémoire est bonne, peut-être bien Leda Atomica fin 80 ou début 90…  il me semble que j’étais encore lycéen .

R*A*F : Perso, c’était dix fois plus sauvage dans la salle electro, à la grande époque des soirées Non è Possibile.

Relatif Yann : Une soirée qu’on avait organisée avec Non è Possibilé était particulièrement wild  : Manu le Malin & Dee nasty  sur quatre platines  pour un set  crossover qui a fini avec le  » Salut à toi  » de Bérurier noir…

Dzzing : Chacun de vous nourrit une passion similaire pour les musiques électroniques et électriques. L’artiste électro le plus rock’n’roll que vous ayez vu / entendu ?

Pierre : J’hésite entre Ark, Terry Francis et Fred Berthet.

R*A*F : Green Velvet, The Horrorist, Detroit Grand Pubbah.

Relatif Yann : Sir Andrew Weatherall !

Figure libre

•19 février 2011 • Laisser un commentaire

1990. Février. Keith Haring s’est éteint cette semaine, la trentaine décapitée par that fucking aids. Pendant qu’il rejoint son pote de bad painting Jean-Michel Basquiat, il laisse pas mal d’enfants perdus sur le pavé : la craie blanche, les bébés à quatre pattes, le trait noir gras, les chiens fous, SoHo, les aztec graffitis, les gens qui dansent, Madonna, les soucoupes flottantes, le coeur, les couleurs, la figuration libre, Grace Jones.

Photographie © Annie Leibovitz

1984. L’Art Groupie avisée donne de son corps à l’art néo-tribal de son ami binoclard mais clairvoyant : la peinture blanche sur sculpture noire envoûte le Paradise Garage le temps d’une perfomance disco primale. Keith Haring et Grace Jones réitèrent leur collaboration en 1986 pour le video clip du titre I’m not perfect produit par Nile Rodgers. Ce dernier y fait sa petite apparition. Andy Warhol est sur la liste des guests Vip. Moins célèbre, la créatrice de bijoux Tina Show joue les acupunctrices vénéneuses. Keith peint à même le sol la jupe « Jean-Paul Goudienne » de sa copine. De ces cinq figures libres, trois quitteront la scène peu après. Remember.

The Prodfathers (1982)

•8 février 2011 • 2 commentaires

Welcome back vingt-neuf ans en arrière. Deux fortes personnalités, chacune officiant sur son territoire musical respectif au sein de deux groupes effervescents (KID CREOLE pour l’un, THE CLASH pour l’autre), sont chatouillés par le même désir de décloisonnement et d’hybridation.

1982. C’est l’année où le yankee métis AUGUST DARNELL érotise/exotise la scène new-yorkaise avec « Tropical Gangsters ». De l’autre côté de l’Atlantique, c’est la dernière embardée de MICK JONES dans la locomotive  punk du camarade Joe Strummer avec « Combat Rock ».

Photographie August Darnell © Chris Dorley Brown

Photographie Mick Jones © Hank O’Neal

Ces deux-là ne feront rien ensemble et c’est dommage. En revanche, c’est le moment où ils décident, en même temps, d’aller voir ailleurs si j’y suis : si je peux produire un truc, autre chose, même un groupe qui n’existera pas au-delà de deux ou trois tracks mais qui reflète mes penchants pour le groove, point barre. Du rythme et du fun, libérés de tout engagement.

Pour le premier, ça donne FUNKAPOLITAN et une bombe de dance-floor amorcée par une bande de blanc-becs adeptes du « zoot suit » cher au père des Coconuts. Pour le second, BIM et un maxi titre dubby à souhait, funk traînant, post-punk lancinant annonciateur de l’aparté Big Audio Dynamite et plus tard, des productions pour Gorillaz.

En musique, Le Parrain I et II, c’était hier et là aussi, toujours des classiques.

When The time goes by – FUNKAPOLITAN / prod. August Darnell (cover design © Peter Saville)

Blind Lead the blind – BIM / prod. Mick Jones

Des Nouvelles d’un Page

•7 février 2011 • Laisser un commentaire

Illustration © Quentin Faucompré

Réveillé par une forte gueule de bois et la sonnerie insistante d’un inspecteur, Raphaël apprend qu’il est victime d’un meurtre. Seul hic : il est bien vivant, mais allez faire comprendre ça à la police…

Un jeune homme quitte son bel appartement et la copine qui va avec. Ce n’est pas pour une autre, non, d’ailleurs, il lui laisse sa nouvelle adresse. Il décide seulement d’emménager à l’intérieur de lui-même…

Les cinq autres nouvelles de « La Mauvaise habitude d’être soi » (Editions de l’Olivier) imaginées par MARTIN PAGE et illustrées par QUENTIN FAUCOMPRE nous invitent dans la même dimension. Pas tout-à-fait surréaliste, pas totalement fantastique, juste sur les bords parfois vertigineux de notre quotidien banal. Que l’on croit.

Descendant contemporain d’un Italo CALVINO pour l’approche fabuliste, voire d’Eugène IONESCO pour le choix de l’absurde, ce jeune et déjà prolifique auteur (« Comment je suis devenu stupide » publié à 25 ans en 2001 aux éditions Le Dillettante) nous (ra)conte des histoires d’identité, se balade dans les fissures, le flou, les recoins, nous retourne la tête sans jamais nous la prendre. Car si Martin Page est assurément un cérébral, l’écrivain évite tous les écueils de « l’intellectuel ». D’ailleurs, comme il l’écrit dans son premier roman, « L’intelligence est si dévoyée que l’on a souvent plus avantage à être bête qu’intellectuel assermenté ».

Vous l’aurez pigé, Dzzing recommande cette odyssée moderne sur les rivages de notre mental et vous offre les trois premières pages de la nouvelle éponyme.

Bonne nature

•25 janvier 2011 • 2 commentaires

Une musique qui évoque l’empathie d’une victime pour son ravisseur (titre « Stockholm Syndrome part.2 ») nous fait forcément du bien. Un producteur qui dépense tout ce qu’il a pour nous le donner (album « We Spend all we have ») est une personne généreuse. A quelques bleeps du concert de TheFKclub pour la soirée d’Hiv’Aires sur la scène aixoise Seconde Nature, rencontre avec l’homme derrière la machine.

Photographie © Olivier Metzger

Dzzing : Quelles envies sonores ont guidé les nouveaux morceaux à découvrir en live ?

TheFKclub : La simplicité. Eviter la programmation à outrance. C’est la dynamique que je veux privilégier, surtout depuis l’arrivée d’Antoine à la batterie (également membre du groupe The Big In Japan, NDLR).

Dzzing : D’ailleurs, renouvelles-tu l’expérience machines/batterie sur scène ?

TheFKclub : Yes, my drummer is a good guy donc on continue ensemble plus que jamais.

Dzzing : Entre deux compos, est-ce que tu as écouté beaucoup de musique ?

TheFKClub : Oui, des groupes comme Tame Impala, Holy Fuck et des trucs psyché 60-70.

Dzzing : Si on essayait de définir le son TheFKclub par…

…Un paysage ? TFKC : Un desert en bord de mer

…Une odeur ? TFKC : L’imortelle, cette fleur du maquis corse

…Un gros mot ? TFKC : Bordel !

…Une voiture ? TFKC : Dodge Charger

…Un héros ? TFKC : Bullit

…Un jeu ? TFKC : Le volant

…Une boisson ? TFKC : Whisky Old Fashionned

…Un animal ? TFKC : Un Poulpe

« ENGAGE »

Dzzing : Bientôt papa, que tu fais écouter à ton môme dès ses premiers jours parmi nous ?

TheFKclub : Du classique et les Beastie Boys

Dzzing : Les trois tracks que tu emmènes sur une île… peuplée pour faire guincher les autochtones ?

The FKclub : »Le Clan des Siciliens » Ennio Morricone, « Hands Around my throat » Death in Vegas, un morceau de The Zombies, n’importe lequel

Dzzing : Le bruit domestique qui ne te dérange pas, voire qui pourrait t’inspirer ?

The FKclub : Un lit qui grince

Dzzing : La plus grosse claque reçue par un artiste en live ?

TheFKclub : Jeff Buckley à Montpellier dans les années 90

Dzzing : La plus grosse déception à l’écoute d’un album ?

TheFKclub : « Space is only noise » de Nicolas Jaar; ce n’est pas tant qu’il soit mauvais, juste pas trop ce que j’attendais

Dzzing : Un disque de chevet inavouable mais que tu revendiques ?

TheFKclub : Tous les Barry White !

Dzzing : Qu’est-ce que tu dévores pour les faims/fins de nuit ?

TheFKclub : Du pain avec du fromage corse, un vrai, du pays 🙂

Dzzing : Une sale habitude ?

The FKclub : M’entortiller les cheveux vautré sur la canapé

Dzzing : La première fois que tu as fait le mur ?

TheFKclub : Pour aller retrouver une copine qui m’attendait dans un buisson sur l’île du Frioul. J’ai pris une bonne raclée…

Dzzing : Un gri-gri qui te suit depuis toujours ?

TheFKclub : Un mediator

« ONLY »

Dzzing : Amateur de films de genre, tes trois favoris ?

TheFKclub : 2001 de Kubrick, Crash de Cronenberg, Fight Club de Fincher

Dzzing : Meilleur / pire souvenir de tes virées sur la côte ouest des US ?

TheFKclub : Cisco Burger pour son hamburger au boeuf de Kobé / mon passeport perdu.

Dzzing : Ton dernier fou rire ?

TheFKclub : A la lecture d’un courrier annonçant que j’avais récupéré les points de mon permis.

Dzzing : Où te vois-tu dans vingt ans ?

TheFKclub : En train de braquer une banque pour ma retraite

Dzzing : Pourquoi crois-tu qu’on t’aime ?

TheFKclub : Parce que je connais « L’Alphabet » de Roland Magdane par coeur et parce que j’ai une plancha.

Dzzing : Et qu’on te déteste ?

TheFKclub : Pour les mêmes raisons ?

Dzzing : Pour finir, la recette du whisky Old Fashionned ?

TheFKclub : Mettre 3 glaçons dans un verre à whisky, verser 2 doigts de single malt, remuer 20 tours. Ajouter 2 traits d’Angustura, encore 2 glaçons et 20 tours. Verser un peu de Perrier avec une cuillère à café de sucre ou de la limonade artisanale. Déposer une pelure de citron et une d’orange. Remuer. Cheers !

« LINE »

Rythme de croisière

•17 janvier 2011 • Un commentaire

Une absence de presque vingt jours, c’est long. Et, oui, c’est bon. Dzzing accoste la nouvelle année sur un mode croisière. Mais alors du genre traversée à l’ancienne, quand le but du voyage c’était le trajet, pas forcément la destination. Et quand on prend le temps, du coup, on (ré)écoute les choses autrement, on s’éloigne aussi des côtes sonores habituellement fréquentées, on s’aventure. En naviguant sur une mappemonde au hasard, Dzzing met le le cap sur de très différentes escales mélomanes. Heureux qui, comme Ulysse… préfère les congas du Paraguay aux maléfices de Circé.

Klacto Vee Sedstein BLUE RONDO A LA TURK / Chewing The Fat # 1982

Theme from Don BOMBAY THE HARDWAY – Dan the Automator /  Guns, Cars and Sitars # 1998

Florimada OIL feat. Rola Gamana /  Mind Your Step # 2010

Universe FUJIYA AND MIYAGI / Ventriloquizzing # 2011

Love Theme from Chinatown JERRY GOLDSMITH – City of Prague Philharmonic / Chinatown movie score # 1974

Set Up Tobias ALT FENSTER – remix DAVIS & MAY’s voyagent par la cinquième saison # 2007

It Ain’t Necessarily Evil -MARI BOINE & MUNGOLIAN JETSET # 2008